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Critique de Cyberpunk: Edgerunners 2 — Vieille ville, nouveaux destins et folie visuelle

Critique de Cyberpunk: Edgerunners 2 — Vieille ville, nouveaux destins et folie visuelle

Dmitry Kartashov
Hier, 17:13

En 2022, Cyberpunk: Edgerunners est devenu l’un des animes adaptés d’un jeu vidéo dont on a le plus parlé. La série de Studio Trigger et CD Projekt RED a ravivé l’intérêt pour Cyberpunk 2077 et réussi à transformer un univers familier en un drame à part entière, consacré à des gens qui tentent de se libérer du système. L’histoire de David Martinez est terminée, mais Night City continue d’exister. Et, comme on le découvre, elle n’a pas besoin de raconter deux fois la même histoire.

La deuxième saison est une histoire indépendante en dix épisodes, avec de nouveaux personnages et son propre arc dramatique. CD Projekt RED et Studio Trigger sont toujours aux commandes du projet, tandis que Kai Ikarashi, qui avait déjà travaillé sur la première saison et d’autres animes de Trigger, prend le fauteuil de réalisateur. Bartosz Sztybor revient comme directeur de série et scénariste, et le scénario est signé Masahiko Otsuka. Les créateurs ne cherchent pas à prolonger la tragédie des personnages précédents : ils proposent plutôt de découvrir cet univers familier sous un autre angle. Voici ce qui distingue cette suite, ainsi que ses points forts et ses faiblesses.

À propos de Cyberpunk: Edgerunners 2 (2026)
  • Genre : anime, cyberpunk, action, drame ;
  • Où regarder : Netflix ;
  • Épisodes : 10 ;
  • Durée : 25 à 30 minutes par épisode ;
  • Date de sortie : 20 octobre 2026 (tous les épisodes en même temps) ;
  • Classification d’âge : TV-MA ;
  • Directeur de série : Bartosz Sztybor ;
  • Réalisateur : Kai Ikarashi ;
  • Distribution vocale (doublage anglais) : Nazeeh Tarsha dans le rôle de D, Kimoy Lee dans celui de Talia, Valeria Rodriguez dans celui de Roman, Clancy Brown dans celui de Wick Kingsley, et d’autres.

Vengeance, cyberpsychose et quête de vérité

La deuxième saison suit plusieurs personnages dont les destins finissent peu à peu par s’entrecroiser. L’un des protagonistes est D, un nomade et netrunner doué, animé par une soif de vengeance après la destruction de son clan. Ce qui commence comme une vendetta personnelle le mène rapidement aux secrets de grandes entreprises, que les puissants préféreraient garder enfouis à jamais.

Night City through a camera lens — the way one of the characters sees it, and the way viewers do too thanks to special scenes
Night City à travers l’objectif d’une caméra : la vision d’un personnage, que les spectateurs partagent eux aussi grâce à des scènes spéciales

D n’a rien à voir avec David ou V. Son histoire repose sur sa volonté de trouver les responsables et de les faire payer. Dans un monde où les entreprises décident de qui vit et de qui meurt, un tel objectif se transforme inévitablement en jeu dangereux. Plus il s’enfonce dans cette quête, plus il lui devient difficile de distinguer la soif de justice de l’obsession.

En parallèle se déroule l’histoire de Wick Kingsley, un ancien mercenaire autrefois connu sous le nom de King. Après un épisode de cyberpsychose, il est contraint de vivre sans ses améliorations cybernétiques habituelles et de chercher un sens à sa vie dans un monde où ses exploits passés n’intéressent plus personne. Pour un vétéran habitué à compter sur ses implants et sa réputation, c’est un rappel douloureux : à Night City, on ne vaut quelque chose que tant qu’on est utile.

Action scenes in the second season rarely go for close-ups, preferring wide panoramas, which makes the rare exceptions all the more memorable
Les scènes d’action de la deuxième saison privilégient les plans larges aux gros plans, ce qui rend les rares exceptions d’autant plus mémorables

Autre personnage clé : Talia, une jeune femme dont la vie est étroitement liée à la cybernétique et à la culture brutale du gang Maelstrom. Son histoire aborde l’un des thèmes centraux de la franchise : la frontière entre l’humain et la machine. Quand le corps devient un ensemble de pièces qu’on peut modifier à l’infini, une question dérangeante se pose : qu’essayons-nous exactement de réparer avec un nouvel implant, et combien sommes-nous prêts à payer pour cela ?

Enfin, il y a Roman, un jeune cinéphile qui préfère le cinéma analogique aux braindances si populaires dans cet univers. Il veut capturer la vie réelle, pas fabriquer de belles illusions. Mais en observant le quotidien des autres, Roman découvre peu à peu que les histoires vraies sont bien plus dures et dramatiques que les films qu’il admire.

The environments are usually far less detailed than the characters, but there are plenty of exceptions
Les décors sont généralement bien moins détaillés que les personnages, mais les exceptions ne manquent pas

Capri joue également un rôle important dans l’intrigue : elle est la fusion de plusieurs constructions de personnalité, née d’une expérience menée avec la technologie Soulkiller. Elle sert surtout de ressort narratif, destiné à révéler et à compléter les autres personnages. Pourtant, ce sont ses actions qui font avancer l’intrigue générale de l’anime et façonnent les motivations des autres protagonistes.

Les personnages se distinguent nettement par leur tempérament et leur perception du monde qui les entoure. Leurs intrigues ne convergent pas immédiatement vers un tableau d’ensemble, mais c’est précisément le propos de la saison : montrer Night City non pas à travers les yeux d’une seule personne, mais au fil des destins de ceux qui tentent, chacun à sa manière, de survivre au même broyeur.

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Une ville familière, des règles différentes

Ce qui rend cette suite particulièrement intéressante, c’est qu’elle refuse de reprendre simplement la formule de la première saison. Inutile de refaire le parcours d’un héros, de son enfance difficile à sa réussite criminelle, jusqu’à sa fin tragique. La série explore plutôt les conséquences d’une vie dans un monde où la violence est devenue banale et où les relations humaines sont constamment mises à l’épreuve.

This isn't an opening or an ending, but yet another visual experiment within a staged action scene
Ni générique d’ouverture ni conclusion : simplement une autre expérimentation visuelle au milieu d’une scène d’action mise en scène

Les thèmes centraux sont la vengeance, la rédemption, l’obsession et l’héritage : ce qu’une personne laisse derrière elle dans une ville qui l’oublie très vite après sa mort. La deuxième saison ne renonce pas non plus à la critique sociale habituelle de la franchise. Le pouvoir des entreprises dicte toujours les règles, la technologie est à la fois salut et malédiction, et la promesse de liberté se révèle souvent être une publicité bien léchée pour une nouvelle forme d’exploitation.

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La façon dont la série expérimente avec la narration et la mise en scène est particulièrement intéressante. Roman cherche à filmer la vie des autres pour en faire une belle histoire, mais Night City se laisse mal monter : impossible de garantir une fin heureuse, de couper les moments gênants ou de trouver la musique parfaite pour une tragédie.

Quatre histoires, et elles ne sont pas toutes aussi réussies

Le principal risque d’une telle structure est évident : quand l’attention se partage entre plusieurs personnages, certains n’ont pas assez de temps pour vraiment s’affirmer. Et la deuxième saison ne gère pas toujours cet équilibre avec la même réussite.

Surprisingly, scenes like this don't pull you out of the story at all — instead, they give it depth and help shape the show's own identity
Étonnamment, ce genre de scène ne nous sort pas du récit : elle lui donne au contraire de la profondeur et contribue à forger l’identité propre de la série

Les intrigues de D et de Wick s’appuient sur des bases émotionnelles solides. Le premier est porté par un objectif clairement défini, tandis que le second tente de se retrouver après avoir perdu son ancienne identité. Leurs motivations sont faciles à comprendre, mais leur simplicité apparente dissimule des contradictions parfaitement adaptées au cyberpunk. Peut-on rétablir la justice si le système lui-même est conçu pour broyer en toute impunité la moindre tentative de résistance ? Et que reste-t-il d’une personne lorsqu’elle ne peut plus être celle qu’elle a toujours cru être ?

Talia apporte une dimension tragique à l’histoire, entre ses limitations physiques et sa dépendance à la technologie. Son parcours rappelle que les améliorations cybernétiques de cet univers ne sont pas un laissez-passer gratuit pour atteindre la perfection. Elles repoussent les limites des capacités humaines, mais ne libèrent personne de la peur, de la douleur ni de la nécessité de faire des choix difficiles.

The deliberate grotesqueness of some characters fits the setting perfectly
La laideur assumée de certains personnages correspond parfaitement à l’univers

Roman est toutefois le personnage le plus discutable du groupe. Son rôle d’observateur s’accorde bien avec le thème général, mais il ne marque pas toujours autant les esprits que les autres. On a parfois l’impression qu’il existe surtout pour relier les intrigues des autres et servir de miroir au spectateur, plutôt que pour évoluer par lui-même. C’est pourquoi certains épisodes peuvent donner l’impression d’aligner plusieurs histoires parallèles sans lien, qui mettent du temps à trouver un rythme commun.

Malgré cela, l’ambition de la série mérite le respect. Les créateurs ont choisi de prendre un risque avec un récit choral, plutôt que de remplacer simplement David par un nouvel avatar et de conserver l’ancien modèle dramatique. Le résultat n’est pas toujours parfaitement maîtrisé, mais il permet à la deuxième saison de trouver sa propre identité.

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Des outils visuels

Les visuels de la deuxième saison comptent parmi les meilleures raisons de retourner à Night City. Studio Trigger conserve son expressivité caractéristique, sans se contenter de reproduire les recettes de la première saison. Le design des personnages reste éclatant et reconnaissable, les scènes d’action débordent d’énergie, et les rues familières de la mégapole prennent vie sous un jour nouveau grâce à la mise en scène et au travail sur les couleurs.

Some scenes in the anime shift into almost monochrome, strikingly bold colors
Certaines scènes de l’anime basculent vers des couleurs presque monochromes, d’une audace saisissante

On reconnaît toujours facilement l’approche de Trigger : l’animation exagère volontairement les événements pour souligner l’état émotionnel des personnages. Les combats sont donc spectaculaires et expressifs. La violence fait partie du langage visuel de la série : parfois presque grotesque, parfois terrifiante, mais rarement dénuée de personnalité.

Les épisodes comportent souvent des scènes statiques, figées quelques secondes à l’écran — à première vue, une manière évidente d’économiser les ressources de l’animation. Pourtant, l’anime parvient à en faire un élément de son langage visuel, qui complète naturellement le soin apporté à d’autres séquences. Autre nouveauté : des fragments filmés à travers un objectif à angle étroit, qui donnent à Cyberpunk un petit côté Nolan. Quoi qu’on puisse dire d’Edgerunners 2, le style ne lui fait certainement pas défaut.

Le travail sur les espaces numériques et l’imagerie cybernétique mérite une mention particulière. Ici, la technologie sert moins à résoudre des problèmes qu’à créer un chaos visuel qui bouscule constamment les idées reçues sur le corps, l’espace et les capacités humaines. L’anime s’autorise l’étrangeté, la dureté et même le surréalisme, sans oublier que derrière chaque scène spectaculaire se trouvent des personnes bien réelles, avec leurs peurs et leurs désirs.

Yet another gorgeous panorama of the surroundings
Encore un superbe panorama des environs

La musique et la conception sonore restent essentielles à l’atmosphère : elles donnent le rythme, suscitent des associations émotionnelles et nous font ressentir la ville comme un organisme vivant. La nouvelle saison doit cependant exister dans l’ombre de la bande originale de la première, devenue indissociable de l’histoire de David pour de nombreux spectateurs. Les comparaisons sont pratiquement inévitables, et tous les nouveaux morceaux ne frappent pas aussi fort, mais certaines scènes restent en mémoire.

La deuxième saison est aussi littéralement remplie de références et de clins d’œil aux fans, qu’ils soient narratifs, visuels ou même sonores. Certains sont si discrets et bien cachés qu’il faut regarder très attentivement pour les remarquer.

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Lequel des nouveaux personnages principaux d’Edgerunners 2 vous a le plus séduit ?

Résultats

***

Cyberpunk: Edgerunners 2 est un retour réussi à Night City, qui parvient à trouver sa propre voix. La deuxième saison propose une structure plus ample, des thèmes plus variés et, par moments, une audace visuelle bien plus grande. Mais vouloir raconter plusieurs histoires à la fois se paie par une attention moins équilibrée envers les personnages et une implication émotionnelle inégale.

La plus grande force de cette suite est peut-être de comprendre que la puissance du cyberpunk ne réside pas dans un personnage, un implant ou une fin tragique en particulier, mais dans un monde qui promet à la fois des possibilités infinies et considère les gens comme remplaçables. On peut devenir une légende, transformer son corps et défier de puissantes entreprises, mais rien de tout cela ne garantit que sa vie aura un sens.

Cela dit, si vous espérez retrouver le même choc émotionnel que celui provoqué par la première saison, mieux vaut modérer vos attentes. La nouvelle histoire fonctionne autrement : elle est parfois moins cohérente, mais élargit notre vision de cet univers et des gens qui l’habitent. Pour les fans, c’est une excellente raison d’y revenir. Et pour ceux qui commencent tout juste à découvrir Night City, c’est l’occasion de voir que même dans une ville où presque tout est à vendre, l’humanité compte encore.

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